Dimanche 20 mai 2007

Cela faisait plusieurs semaines, plusieurs mois, même plusieurs années que les 100 kms de Steenwerck me travaillaient l'esprit.

Déjà adolescent, j' apercevais chaque année, en bordure d' autoroute, une énorme banderole sur laquelle était inscrit " les 100 kms de Steenwerck en courant ou en marchant". Moi, qui simplement taquinait la sphère avec mes chaussures à crampons, m' interrogeait réellement sur la possibilité mais aussi sur l' intêret que pouvait représenter une telle épreuve !!.......

Aprés toutes ces années, et aprés que la course à pied ait pris l' ascendant sur le football, voire le monopole, je me suis rendu à Steenwerck pour mieux évaluer l' ampleur de la chose et pour analyser quelques phénomènes ........

Et c' est ainsi que durant 5 ans j' ai observé, encouragé et admiré tous ces coureurs d' endurance.

Cette année, en 2007, aprés deux années de trail (50 kms max) je me suis mis dans la tête de participer donc à cette épreuve qui, vous m'avez compris, me tient à coeur. Pour cela, bien évidemment, je me suis entrainé sur route et j' ai participé à deux épreuves de  6 heures ( La Gorgue 54 kms - Loos 53 kms).

A Steenwerck, mon objectif avoué est de réaliser 3 tours, soit 62 kms, ce qui alors me donnerais mon plus gros kilométrage encore jamais réalisé, mais il était évident que dans le fond de ma pensée, je rêvais de faire les 100.....Ce qui, néanmoins me paraissait un peu présomptueux. Mais bon, l' inconnu reste l'inconnu, et ça on ne peut pas l' écrire à l' avance !!........

Tiens, mon récit de course n'est toujours pas commencé ??!!

Ca y est, donc je rejoins mon accompagnateur Chtigrincheux à Steenwerck vers 17 h 20 pour un départ à 19 heures. Il me montre les dernières innovations de son vélo aménagé, lequel a ébahi plus d'un coureur d' ailleurs. J' installe mon materiel et mon ravito avant d' apercevoir la bande de kikoureurs que je connais déjà, à savoir Embrunman, Ditlekiné et aussi Marathman. 

On se fait part, ou plutôt, on se réitère nos objectifs, nous faisons une petite photo (ci-dessous), et nous rendons au départ. Là, un journaliste de La voix du Nord me pose quelques questions tout en griffonnant quelques mots sur un papier ??!! C' est sympa !! Il a dû me confondre ??!! J' aurais dû le baratiner !!.........

Chtigrincheux, Ditlekiné, Embrunman, Julien (mon fiston), et moi. (photo de Karine, mon épouse)

1er tour, 23 kms : Ben ça y est, il pleut déjà. Je pars sur un rythme de 9 km/h environ et m' imprégne de l' atmosphère. Nous sommes nombreux, environ 900, et je me place à l' avant puisque j' ai décidé de courir, quand même !! Une petite boucle dans le village et hop, c' est parti pour je ne sais combien de tours de 19 kilomètres et des brouettes.

Mince, tout le monde me dépasse, qu'est-ce qu' ils ont tous ?! Ils ne doivent pas partir pour les 100, ce n' est pas possible ! Je garde la cadence et fini ce premier tour, un peu plus long, en 2 h 27. Tout s' est bien passé, je me suis ravitaillé comme prévu toutes les 15 minutes, St-Yorre, Isostar, Barre, gels, Sporténine..... Cependant, ma gêne au mollet occasionnée ces derniers temps m' inquiète un peu.

2eme tour, 42 kms : Je poursuis de la même façon mais me fais tout de même rappeler à l' ordre, de temps en temps, par Philippe mon accompagnateur, qui me dit que j' ai tendance à accélérer. Oh Oh, pas d' enflammage !!, je ralentis. La pluie tombe toujours et mon dos commence à se faire sentir. Pas bon signe ça. Tant pis, c' est supportable, on continue. J' approche du marathon et j' aperçois mon oncle Jean qui est venu m' encourager. C' est une agréable surprise. Il se met à courir quelques mêtres à mes côtés, ce qui me permet de lui donner mes impressions et de lui préciser mon objectif. Il fait noir à présent. Je cours depuis 4 h 50. Il commence à faire froid et décide de me changer complétement excepté le collant 3/4. En plus je suis trempé !

3eme tour, 62 kms : Mon mollet ne me fait plus mal mais la douleur au dos est encore présente. Mon rythme  a quelque peu faibli et ma moyenne un peu plus, à cause des arrêts aux stands de ravito et aprés ce changement de tenue. A présent, j affectionne particulièrement les tables de ces ravitos car l' envie de salé se fait sentir et je me surprends à me régaler avec du fromage et de la soupe. Excepté la Sporténine, je ne touche plus à mes gels, barres ou autres produits que j' ai apporté. Je bois encore de la St-yorre, de l' isostar et de l' eau plate.

La fatigue commence à se faire sentir et je suis de plus en plus irrité par une bande de jeunes qui se balade en vélo sur le circuit, sans éclairage et cannette de bière à la main. Il est même parfois difficile de se frayer un passage !! C'est le point noir de cette nuit, mais je sais qu' il est difficile pour les organisateurs de gérer ce problème.

Je termine cette boucle difficilement. Le dos va mieux, les cuisses moins bien, la tête moyennement. Je regarde Philippe et lui dis que je vais m' assoir quelques minutes, manger, boire et qu' ensuite je verrais bien si je repars. 10 bonnes minutes plus tard, je le retrouve et lui annonce que je vais mettre mon collant long et que je vais repartir. Je lui précise également que, de toute façon, je serai vite fixé sur la possibilité d' aller plus loin ..........

4eme tour, 81 kms : Eh eh !!, ça ne va pas si mal. Bon OK, je n' avance pas vite, mais j' avance. Cela fait tout de même 8 heures de course ! Maintenant je vais de point de ravito en point de ravito et accumule le nombre de kilomètres parcourus qui n' est, pour moi, que du bonus et que du bonheur !! Mon esprit semble s' être libéré de cet objectif atteint et dans ce 4eme tour, je suis mieux que dans le précédent. Mes douleurs disparaissent et la nourriture (fromage, soupe, chocolat) passe bien. Quasiment aucun maux de ventre, ça me change de d' habitude ! Je poursuis mon bonhomme de chemin même si les premiers coureurs viennent de me mettre un tour ! C' est impressionnant ! Un jour peut-être........!!

Il pleut encore (il a plu toute la nuit) et il ne fait pas bien chaud. Heureusement je suis bien couvert moi qui suis assez frileux. Je vais terminer ce tour alors que le jour est en train de se lever...

Je ne regarde pas le chrono, je sais déjà que de toute façon je ferai le dernier tour. Encore 19 kms, je ne vais pas m' arrêter maintenant. Même si je dois marcher un peu, beaucoup, j' irai le chercher ce 100 bornes, j' ai la gnac (niac ??). Philippe a compris. Je ne suis plus trés frais, mais je suis déjà si heureux.

Encore une bonne dizaine de minutes au ravito, un manches longues sec, un coupe-vent sec, des chaussettes sèches, une casquette sèche et même des chaussures sèches.....et c' est reparti !!

5eme tour : C' est reparti, c' est reparti !! Faut le dire vite ! Je n'arrive plus à courir et mon pied droit est pris dans un étau. Que fais-je maintenant ??!!  Un jeune coureur m' attend pour faire la dernière boucle ensemble ! Il va être déçu le pauvre !

Pas le choix, je marche en dynamique pour essayer de déverrouiller la machine. Le jeune coureur est parti devant mais au loin je le vois lui aussi qui marche ! Je cours pour le rattraper mais mon pied me fait mal. La douleur se situe en bas du tibia. Je pense déjà à une periostite ou une fracture de fatigue. Je ne suis pas medecin, dommage !! Je marche alors beaucoup et cours un peu mais parviens à rattraper ce jeune coureur, Jean-Marie.

Cette fois, c' est sûr on termine ensemble. On espère bien passer sous les 14 heures mais on avance tant bien que mal, sans trop réflechir ni se parler. On dépasse des marcheurs qui sont encore dans leur 3eme ou 4eme tour. On est chanceux en somme !  On le sait, on va être centbornard quoi qu'il arrive! Il reste 2 kilomètres et 16 minutes avant les 14 heures de course.

On se met à courir, on rentre dans la ville, on accélère même. Les douleurs ont totalement disparues. On approche de la salle et l' émotion m' envahie. Je suis pris de soupirs incontrôlés et les larmes inondent mes yeux. Je n' y crois pas, je l' ai fait. Une bonne accolade avec mon compagnon de fin de course (24 ans seulement, bravo) et je me dirige vers Philippe pour le remercier et lui faire partager ma joie !

Je suis fatigué mais lucide. Je me rends au ravito et contemple, un coca à la main, le panneau sur lequel est inscrit mon nom et mon temps de 13 H 57 mn.

Je suis sur un nuage, j' erre dans la salle sans savoir où aller. Je ne veux pas m' assoir. Je ne veux pas m' assoupir. Je ne veux pas trop trainer non plus car je n' ai pas chaud et j' ai envie d'un bon bain malgré toute l' eau que j' ai reçu durant la nuit !!

Voilà, une grande satisfaction pour moi et un grand merci à Philippe alias Chtigrincheux, qui, croyez moi, a dégusté aussi !! Merci aux 400 bénévoles et organisateurs qui se relaient tout au long de la nuit.

A+ MANU.

 

 

 

par Manuwak59 publié dans :
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